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LA BANQUE ASIATIQUE DE DÉVELOPPEMENT
de Nihal Kappagoda
D'une extrême diversité, la région
Asie-Pacifique s'est caractérisée par
son dynamisme qui, du Japon, a gagné les nouvelles
économies industrielles, puis l'Association des
nations de l'Asie du Sud-Est, et la Chine du littoral.
Ce développement accéléré
a provoqué d'importants changements dans les
structures économiques de l'Est asiatique. Qui
plus est, les anciennes économies planifiées
de l'Asie tentent aujourd'hui de se convertir en économies
de marché. Les caractéristiques tout-à-fait
uniques de la région rendent la mission de la
Banque asiatique de développement (BAsD) en même
temps délicate et importante.
En 1991, Nihal Kappagoda a entrepris de répondre
à quelques questions fondamentales au sujet de
la BAsD : A-t-elle été efficace comme
agente de développement? A-t-elle eu un concours
distinct de celui de la plus grosse institution, mieux
connue, qu'est la Banque mondiale?
L'EXPANSION ET L'ADMINISTRATION
Lors de son lancement en 1966, la Banque asiatique
de développement n'a pas suivi la même
voie que les Banques africaine et interaméricaine,
et a admis des pays non régionaux parmi ses membres.
Elle a démarré avec 12 membres non régionaux
et 19 membres régionaux - dont l'Australie, la
Nouvelle-Zélande et le Japon, qui ne faisaient
pas partie, manifestement, des PMD (pays membres en
développement). En 1994, la BAsD comptait 55
membres, dont 39 appartenaient à la région.
Son guichet des prêts à conditions libérales,
le Fonds asiatique de développement (ou FAsD),
a été créé en 1974 à
partir d'unités existant antérieurement.
Le Japon et les États-Unis ont souscrit le principal
du capital et possèdent chacun 13 p. 100 des
actions avec droit de vote. La dotation et la politique
à la BAsD ont suscité des tensions entre
ces deux membres; le président de la Banque a
toujours été un Japonais. Les membres
régionaux détiennent presque les deux
tiers des actions avec droit de vote.
Le capital autorisé de la BAsD a été
récemment porté à 48 milliards
de dollars américains, dont 5 p. 100 sont versés.
Ses engagements de prêts se sont brusquement accélérés
à la fin des années 1980, sautant cumulativement
de 10 milliards de dollars en 1982 à 20 milliards
en 1987, puis à 42,4 milliards (dont presque
le tiers venait du FAsD) à la fin de 1992. Le
cofinancement avec d'autres donneurs avait mobilisé
13,9 milliards de dollars en sus.
Les six plus gros emprunteurs des ROC (ressources ordinaires
en capital) et du FAsD au cours de la période
1970 à 1992 entraient pour 74,5 p. 100 dans le
total :
| Indonésie |
21.5% |
Inde |
10.1% |
| Pakistan |
16.6% |
Bangladesh |
9.2% |
| Philippines |
11.2% |
Thaïlande |
5.9% |
Durant les années 1980, l'Asie du Sud a vu ses
emprunts commencer à surpasser ceux des pays
membres en développement du Sud-Est, tandis qu'elle
a toujours absorbé plus de 80 p. 100 des prêts
du seul Fonds. On s'est inquiété, dans
les années 1990, du volume excessif des prêts,
en raison à la fois des risques de cessations
de paiement et de la baisse de qualité des projets.
Kippagoda fait remarquer que la BAsD a amélioré
ses méthodes de planification et arrêté
des objectifs stratégiques qui prennent davantage
en considération la problématique hommes-femmes,
la réduction de la pauvreté, et la protection
de l'environnement. La Banque a également effectué
des provisions pour pertes sur prêts.
LES PROBLÈMES ET LES DÉFIS
Les membres de la BAsD sont extrêmement variés,
allant de populations gigantesques (Chine, Inde, Indonésie)
aux micro-États insulaires du Pacifique. Kappagoda
indique que la Banque devrait reconnaître quatre
groupes économiques différents chez les
PMD (elle distingue actuellement trois catégories
de pays pour l'admissibilité aux prêts
du FAsD, groupant ensemble petits et grands). Il indique
également que les économies nouvellement
industrialisées devraient cofinancer les projets
de la BAsD, apporter une assistance technique, et investir
dans les PMD à faible revenu ou moins développés
(Asie du Sud, Indochine). L'aide de la Banque dans les
pays de l'Asie du Sud-Est devrait se concentrer sur
les goulets d'étranglement existant dans les
infrastructures matérielle et sociale, et sur
l'amélioration de ce que Kappagoda appelle prudemment
«le milieu de la politique». Il traite séparément
des petites îles qui n'ont «aucune viabilité
démontrable à long terme», et propose
que la BAsD joue un rôle en coordonnant l'aide
des donneurs et en offrant une assistance technique.
La rapide expansion des opérations a fait largement
oublier les dimensions sociales, quoique Kappagoda relève
de récentes mesures. La Banque devrait, ajoute-t-il,
directement appuyer des projets et des programmes du
secteur privé en Indochine, dans le Pacifique,
en Asie du Sud et en Chine, où il existe un faible
soutien interne. Il espère aussi que la BAsD
devienne «un centre intellectuel produisant une
nouvelle réflexion sur le développement
dans la région».
DES ÉTUDES DE TROIS PAYS
On a fait réaliser des études sur les
programmes menés par la BAsD en Indonésie,
au Pakistan et au Sri Lanka. Le programme déployé
en Indonésie a brusquement augmenté dans
le début des années 1990 et s'est concentré
sur la construction de ports et de routes, et sur le
dévelopement urbain. Les projets appuyés
au Pakistan visaient la croissance des exportations
et l'expansion du secteur privé : les engagements
aux fins de projets agricoles et énergétiques
absorbaient 63 p. 100 des fonds - un niveau dépassant
la moyenne que la BAsD consacrait à ces secteurs
de prédilection. Au Sri Lanka, le programme s'est
concentré sur des projets d'électricité
et l'appui d'institutions locales de financement du
développement. Les projets évalués
au Sri Lanka affichent un plus faible taux de succès
que ceux des deux autres pays.
UN MOT SUR LE LIVRE ET SUR SON AUTEUR
Cette étude, publiée en 1995, fait partie
d'un plus large projet sur les Banques multilatérales
de développement que l'Institut Nord-Sud a lancé
en 1991, avec l'appui financier de l'Agence canadienne
de développement international, de la Fondation
Ford, du ministère des Affaires étrangères
de la Suède, du ministère des Affaires
étrangères de la Norvège, du ministère
de la Coopération pour le développement
des Pays-Bas, de la Banque interaméricaine de
développement, de la Banque de développement
des Caraïbes, de la Banque africaine de développement,
et de la Banque asiatique de développement. Les
fruits du projet sont divulgués dans quatre volumes,
traitant chacun d'une banque régionale de développement,
et dans un ouvrage de synthèse intitulé
Titans ou monstres?,
de Roy Culpeper, publié en 1997. (Le volume sur
la Banque asiatique de développement est disponible
en anglais seulement sous le titre The Asian Development
Bank.
Nihal Kappagoda a eu des liens avec la Banque
asiatique de développement dès qu'elle
est née - d'abord comme négociateur pour
le gouvernement sri lankais, puis comme membre du personnel
de la BAsD, et enfin comme expert-conseil en économie.
Il a également occupé des postes supérieurs
au Secrétariat pour les pays du Commonwealth
et au Centre de recherches pour le développement
international.
Cette publication est en vente, au prix de 25 $ Can.,
chez : Renouf Publishing
Co. Ltd.
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