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LE CANADA ET LES «GOUVERNEUSES DU GLOBE»
:
LA RÉFORME DES BANQUES MULTILATÉRALES
DE DÉVELOPPEMENT
de Roy
Culpeper
et
MISES ÉLEVÉES ET FAIBLES REVENUS :
CANADA ET LES BANQUES DE DÉVELOPPEMENT
de et Andrew
Clark
De 1945 à 1992, le Canada a apporté quelque
16,7 milliards de dollars aux cinq Banques multilatérales
de développement (ou BMD) : La Banque mondiale,
la Banque interaméricaine de développement,
la Banque asiatique de développement, la Banque
africaine de développement, et la Banque de développement
des Caraïbes. Ce concours est entré pour
une part importante (19 p. 100) dans l'aide au développement
globale du Canada qui a représenté en
tout - de 1949 à 1992 - 37,3 milliards de dollars
(courants); et les dernières années, ces
institutions financières internationales ont
absorbé 17 p. 100 environ de «l'enveloppe
de l'aide internationale» du Canada.
Qu'a accompli le Canada via ces apports? Devrait-il
renforcer ou bien modifier cet appui au cours de la
prochaine décennie? Voilà les questions
que se pose Roy Culpeper à la lumière
des critiques publiques adressées aux BMD - et,
en fait, du rapport Wapenhans qui a évalué
la Banque mondiale et des rapports de groupes d'étude
qui sont ensuite sortis sur les autres Banques de développement.
LE CONCOURS DU CANADA
Le tableau qui suit indique les concours cumulatifs,
en millions de dollars canadiens, que le Canada avait
apportés aux branches «non concessionnelle»
et «concessionelle» de chaque BMD à
la fin de l'exercice 1995-1996. Le total de ses engagements
envers les Banques atteignait 22 122 millions de dollars,
dont 8 995 millions seulement avaient été
payés. Les 13 127 millions restants représentent
le «capital appelable» ou les souscriptions
non payées éventuellement exigibles du
gouvernement canadien. La majeure partie de ce capital
se trouve auprès de la Banque mondiale et de
la Banque interaméricaine de développement,
toutes deux extrêmement bien établies.
Les fonds à conditions libérales sont
versés pour reconstituer le guichet «concessionnel»
de chaque BMD (l'Association internationale de développement
dans le cas de la Banque mondiale) :
| |
Non-concessional |
|
Concessional |
| |
Paid-in |
Callable |
Rank among
donors |
|
Paid-in |
Rank |
| Banque mondiale |
501 |
6,918 |
6 |
|
4,953 |
6 |
| Banque africaine |
93 |
692 |
4 |
|
1,160 |
3 |
| Banque asiatique |
179 |
1,417 |
4 |
|
1,398 |
3 |
| Banque interaméricaine |
217 |
4,033 |
2 |
|
358 |
7 |
| Banque des Caraïbes |
23 |
67 |
1 |
|
113 |
1 |
| Totals |
1,013 |
13,127 |
- |
|
7,982 |
- |
LES OBJECTIFS DU CANADA
L'un des plus vieux débats dans les cercles
du développement concerne les mérites
de l'assistance multilatérale par rapport à
la bilatérale. Culpeper, qui prône diverses
réformes tout en exhortant au maintien du soutien,
voit trois grands objectifs à un rôle de
premier plan du Canada auprès des banques multilatérales
de développement : les appuyer comme des agentes
importantes dans la mise en oeuvre du programme d'aide
canadien; renforcer l'objectif de la stabilité
internationale visé dans la politique étrangère
(les BMD ont été des instruments pacifiques
tout au long de la guerre froide); et ouvrir de nouveaux
marchés aux exportateurs et experts-conseils
canadiens via les contrats passés par les BMD.
Il ne fait aucun doute que les Banques de développement
ont apporté d'énormes sommes par le biais
des prêts; la valeur de leurs engagements - quelque
386 milliards de dollars américains jusqu'en
1992 - peut être étirée à
1 000 milliards quand on compte le cofinancement des
gouvernements locaux et des donneurs privés.
Ce qui est plus difficile à quantifier ou à
évaluer, c'est les effets de ces énormes
transferts. Culpeper, quand il considère les
effets dévastateurs de l'«ajustement structurel»
sur les pauvres, et les états de dépendance
et d'endettement créés par l'aide transférée,
qualifie le bilan de variable car il existe en même
temps des indications indéniables de progrès
social, dans la baisse des taux de mortalité
infantile et dans la hausse des niveaux d'alphabétisation.
Il ajoute «une conclusion inquiétante»
tirée du rapport Wapenhans : «les accomplissements
en matière de développement des BMD ont
été les moins satisfaisants dans les pays
et les régions où le progrès économique
et social est le plus souhaité».
Avec la fin de la guerre froide, les BMD ont perdu
une grande raison d'être géopolitique:
l'endiguement du communisme. Elles ont assumé
à la place, déclare Culpeper, la fonction
positive d'aider à la «reconstruction»
dans les régions comme l'Asie du Sud-Est et l'Afrique
australe. Selon lui, les BMD ont un rôle particulièrement
important à jouer : favoriser à la fois
le développement et le bon gouvernement dans
un contexte plus régional, comme aucune moyenne
puissance telle que le Canada ne pourrait jamais le
faire à elle seule.
RECOMMANDATIONS DE POLITIQUE
Alors, comment le Canada peut-il exercer une influence
utile au sein des BMD? Les auteurs font plusieurs recommandations.
Premièrement, il devrait maintenir ses concours
financiers relativement élevés pour garder
son siège d'administrateur auprès de chaque
BMD (le Canada est le seul pays à détenir
un siège permanent au Conseil des administrateurs
de chaque Banque). Deuxièmement, le Canada devrait
rechercher plus systématiquement des alliances
avec les donneurs «qui pensent comme lui»,
c'est-à-dire les pays de la Scandinavie et les
Pays-Bas, au lieu d'adopter automatiquement les positions
du G-7. Puis, il devrait étendre l'activisme
qu'il pratique sur le front des politiques dans les
BMD aux dossiers des droits de la personne et du gouvernement
démocratique, et à ceux de l'endettement,
dans les pays emprunteurs (le Canada a le mérite
d'avoir poussé les dossiers de l'environnement,
de l'intégration des femmes dans le développement,
et de la réduction de la pauvreté).
Afin de forger un plus grand soutien pour les BMD au
Canada, ajoutent Culpeper et Clark, les représentants
canadiens auprès des Banques doivent participer
plus activement à l'examen - et à la compression
- des dépenses administratives des institutions.
Ils devraient aussi déposer devant les Communes
des rapports annuels évaluant en toute franchise
l'efficacité des BMD vue sous l'angle du Canada.
Également d'après les auteurs, puisque
les Banques mènent essentiellement un travail
de développement, l'Agence canadienne de développement
international devrait assumer l'entière responsabilité
ministérielle pour les BMD, au lieu de la partager
avec le ministère des Finances.
En ce qui concerne l'objectif plus étroit des
avantages commerciaux à retirer de la participation
aux BMD, Culpeper prend comme repère les affaires
décrochées par dollar du concours apporté
à la BMD considérée. À cet
égard, au cours de la période 1986 à
1991, les entreprises canadiennes ont décroché
1,17 dollar d'affaires auprès de la Banque mondiale,
et 1,53 dollar d'affaires auprès de la Banque
interaméricaine, pour chaque dollar de l'apport
comptant (et moins auprès des Banques asiatique
et africaine). Par comparaison, dans le programme d'aide
bilatérale hautement lié du Canada, le
rapport était de 0,75 dollar. Le problème,
c'est que si les sociétés d'études
et d'expertise-conseil du Canada ont obtenu de bons
résultats, les entreprises d'équipement,
d> fournitures et de travaux civils, elles, n'ont
pas enregistré autant de succès.
UN MOT SUR LES LIVRES ET SUR LEURS AUTEURS
Ces deux livres, publiés en 1994, font partie
d'un plus large projet sur les Banques multilatérales
de développement que l'Institut Nord-Sud a lancé
en 1991, avec l'appui financier de l'Agence canadienne
de développement international, de la Fondation
Ford, du ministère des Affaires étrangères
de la Suède, du ministère des Affaires
étrangères de la Norvège, du ministère
de la Coopération pour le développement
des Pays-Bas, de la Banque interaméricaine de
développement, de la Banque de développement
des Caraïbes, de la Banque africaine de développement,
et de la Banque asiatique de développement.
Roy
Culpeper est le président de l'Institut
Nord-Sud, et a été le directeur de son
projet des BMD. Avant d'entrer à l'INS en 1986,
il a été durant trois ans conseiller auprès
de l'administrateur canadien de la Banque mondiale.
Andrew Clark est chercheur principal à l'INS.
Avant cela, il a travaillé pour le Programme
des Nations Unies pour le développement au Sénégal.
Ces publications sont en vente, au prix de 12 $ Can.,
pour Le Canada et les «Gouverneuses du Globe»,
et de $15 pour Mises Élevées et Faibles
Revenus, chez : Renouf
Publishing Co.Ltd.
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