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LA BANQUE INTERAMÉRICAINE DE DÉVELOPPEMENT

de Diana Tussie

Pour l'Amérique latine et certaines parties des Caraïbes, la Banque interaméricaine de développement (BID) est aujourd'hui l'institution de premier plan. Depuis son entrée en activité en 1960, elle est devenue une source importante de ressources financières, techniques et intellectuelles pour toute la région. Sa mission initiale était d'être une «université du développement» et la BID s'est concentrée sur les pays les plus petits et les plus démunis de la région.

Mais la Banque interaméricaine, comme ses autres homologues régionales, est une institution peu comprise et de plus en plus critiquée. En 1991, Diana Tussie a entrepris de déterminer si la BID avait été et était une agente de développement efficace. Et avec le creusement des écarts de revenus en Amérique latine, était-elle apte à relever les nouveaux défis apparaissant à l'ordre du jour du développement, dont les questions comme le bon gouvernement, les dépenses militaires, et le besoin de stratégies de développement sensibles aux problèmes des deux sexes?

L'EXPANSION ET L'ADMINISTRATION

La BID est entrée en activité en octobre 1960, six ans avant les autres banques régionales, mais 70 ans après les premiers essais pour vaincre les résistances américaines. Contrairement à la situation à la Banque asiatique, les pays membres emprunteurs ont toujours détenu la majorité des voix et fourni le Président. Et contrairement à BAsD et à la BAfD, la Banque interaméricaine a eu d'emblée un guichet «concessionnel» - le Fonds des opérations spéciales (FOS) - dans sa structure juridique. Elle a mobilisé ses ressources par le biais de reconstitutions organisées dans le cadre d'un cycle de financement quadriennal, qui a impliqué des négociations prolongées tant pour que le capital ordinaire que pour le FOS. Grâce à ce soutien, la BID a pu prêter un total de 63 milliards de dollars au cours de ses 33 premières années. Elle est aujourd'hui en mesure de prêter indéfiniment 7 milliards de dollars américains à ses membres. À la fin de 1994, quand se sont conclues les négociations en vue de la huitième reconstitution, le capital cumulatif souscrit atteignait quelque 100 milliards de dollars, dont 4,1 milliards de capital versé.

Pour garantir des fonds aux douze pays les plus petits et les plus démunis, la Banque a fixé un plafond de 65 p. 100 aux ressources accordées aux sept plus grands (l'Argentine, le Brésil, le Mexique et le Venezuela, partie du groupe A; le Chili, la Colombie et le Pérou, partie du groupe B). Elle s'est plutôt comportée comme un intermédiaire financier avec ces plus gros pays, et comme une institution de développement avec les plus petits. Bien qu'elle ait son siège à Washington, la BID a toujours gardé de puissantes racines en Amérique latine et a mené, plus que toute autre BRD, un dialogue intellectuel sur les côtés sociaux du développement.

Quelques chiffres de la période 1984 à 1992 illustrent comment les prêts de la BID ont souvent approché ceux de la Banque mondiale (BM) par le volume total (les dépassant en 1984, 1991 et 1992). Et même si 70 p. 100 des prêts décaissés se sont concentrés dans les pays des groupes A et B, la Banque interaméricaine a favorisé, par tête d'habitant, les 18 plus petits pays (le groupe C comprend six États, principalement des Caraïbes, et le groupe D les douze pays les plus démunis).

  Prêts décaissés aux :  
  Groupes A et B Groupes C & D  
  (en millions $ US) (en millions $ US)  
  BID BM BID BM  
1984 2,249 2,765 1,071 264  
1988 1,076 4,731 524 533  
1992 4,214 4,804 1,777 857  

La BID s'est distinguée de la Banque mondiale dans les dossiers de politique. Quand la crise de la dette a submergé les économies de l'Amérique latine dans les années 1980, la BM a réduit ses engagements tandis que la Banque interaméricaine a fourni des moyens compensatoires. La BID a aussi été lente à suivre la BM dans la voie des prêts à l'appui de réformes pour contrôler les ajustements structurels.

LES PROBLÈMES ET LES DÉFIS

Les relations avec la Banque mondiale, dit Tussie, sont des relations de coopération dans les pays où il existe une profusion de bons projets et où BM et BID apportent des compétences complémentaires - mais davantage de concurrence dans les plus petits, comme le Guyana, où la BID a eu une présence plus soutenue. Pour aucune des deux banques il n'est aujourd'hui rentable de préparer des petits prêts de moins de 50 millions de dollars, et Tussie recommande davantage de rétrocessions aux banques sous-régionales.

Au début, environ 12 p. 100 des prêts de la BID sont allés à des projets d'intégration régionale dans les secteurs de l'énergie et des transports, mais ces plans se sont effondrés dans les années 1980 avec l'éclatement des guerres civiles et des crises budgétaires. L'espoir de Tussie est que la Banque interaméricaine aide plus énergiquement à assurer la compatibilité des plans d'intégration économique fortuits qui existent aujourd'hui, et à devancer les ajustements qui s'imposent.

DES ÉTUDES DE TROIS PAYS

Dans les trois pays qu'on a étudiés de plus près au cours du projet des Banques multilatérales de développement - l'Argentine, la Bolivie et le Costa Rica - la BID a accordé au fil des années un plus grand financement que la Banque mondiale. Le plus gros prêt qu'elle ait jamais consenti (210 millions de dollars) a servi à financer la construction du barrage de Yacyreta, un projet commun de l'Argentine et du Paraguay, auquel on a reproché d'être surdimensionné et insuffisamment préparé. Un projet mené plus tôt à Salto Grande, en revanche, passe pour un modèle de prévision des effets écologiques. La Banque interaméricaine a prêté le montant appréciable de 300 millions de dollars au secteur privé de l'Argentine avant que la crise de la dette ne vienne compliquer le service des prêts.

La Bolivie a largement compté sur la BID pendant sa crise des années 1982 à 1986, quand les cours de l'étain se sont effondrés, que l'Argentine a mis du temps à payer ses importations d'essence, et que la Banque mondiale a gelé ses engagements. Tussie reconnaît que la BID a été responsable d'importantes améliorations dans les conditions sociales en Bolivie.

Au Costa Rica aussi, la BID a compensé pour la Banque mondiale qui s'est retirée durant la crise de 1982 à 1984. Au cours des années 1990, la Banque interaméricaine s'est engagée dans la voie des prêts à l'ajustement structurel, alors qu'elle s'était précédemment concentrée sur les projets énergétiques et agricoles : le projet hydro-électrique d'Arenal est en train de dépasser budget et calendrier, mais la réimplantation de deux communautés s'est effectuée «de façon ordonnée, efficiente et socialement responsable».

UN MOT SUR LE LIVRE ET SUR SON AUTEUR

Cette étude, publiée en 1995, fait partie d'un plus large projet sur les Banques multilatérales de développement que l'Institut Nord-Sud a lancé en 1991, avec l'appui financier de l'Agence canadienne de développement international, de la Fondation Ford, du ministère des Affaires étrangères de la Suède, du ministère des Affaires étrangères de la Norvège, du ministère de la Coopération pour le développement des Pays-Bas, de la Banque interaméricaine de développement, de la Banque de développement des Caraïbes, de la Banque africaine de développement, et de la Banque asiatique de développement. Les fruits du projet sont divulgués dans quatre volumes, traitant chacun d'une banque régionale de développement, et dans un ouvrage de synthèse intitulé Titans ou monstres?, de Roy Culpeper, publié en 1997. (L'ouvrage est seulement disponible en anglais.)

Diana Tussie est chercheure à la Facultad latinoamericana de Ciencias Sociales (FLACSO) en Argentine.

Cette publication est en vente, au prix de 25$ Can., chez : Renouf Publishing Co. Ltd.


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